La Hijra : comprendre l'émigration pour Allah selon le Coran, la Sunna et les savants
Hijra

La Hijra : comprendre l'émigration pour Allah selon le Coran, la Sunna et les savants

My ZawajMy Zawaj
10 juin 2026

بِسْمِ ٱللَّٰهِ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ

La hijra est l'un des actes d'adoration les plus nobles de l'islam, et pourtant son sens reste souvent flou. On la réduit à un simple déménagement vers un pays musulman, alors que les savants en ont défini le sens, les conditions et les statuts avec une grande précision. Voici un guide clair, appuyé sur le Coran, la Sunna et la parole des gens de science, pour comprendre ce qu'est réellement l'émigration pour Allah ﷻ.

Une question revient sans cesse, et c'est sûrement celle qui vous amène ici : la hijra est-elle une obligation, ou seulement une recommandation ? Beaucoup de musulmans se la posent, surtout en vivant en Occident. La réponse n'est pas la même pour tout le monde, et c'est précisément ce que les savants ont détaillé. On y revient plus bas.

Définition de la hijra

Le sens linguistique

Le mot hijra vient de la racine al-hajr, qui signifie délaisser ou abandonner une chose. L'imam Ibn Baz رحمه الله rappelle que, au sens large, tout déplacement d'une région vers une autre est une hijra sur le plan de la langue. C'est un abandon : on quitte un lieu pour un autre.

Le sens religieux

Sur le plan de la religion, la hijra a un sens plus précis : c'est le fait de quitter le pays du polythéisme (le chirk) pour s'installer en pays d'islam, afin de préserver sa religion pour Allah ﷻ. Celui qui l'accomplit est appelé un mouhajir.

L'imam Ibn al-Qayyim رحمه الله la définit comme le départ d'une terre où les rites de la mécréance sont pratiqués vers une terre où les rites de l'islam sont établis. L'imam Ibn Rajab رحمه الله va dans le même sens : la base de la hijra, c'est de délaisser la terre du chirk pour la terre d'islam, le dâr al-islam.

Qu'est-ce qui définit une terre de chirk et une terre d'islam ?

Pour comprendre la hijra, il faut d'abord distinguer les deux types de terres dont parlent les savants.

La terre de mécréance

D'après la définition retenue par les savants, la terre de mécréance est un pays où les rites de la mécréance sont manifestes, tandis que les rites de l'islam, comme l'appel à la prière, les prières en groupe, les deux fêtes et la prière du vendredi, n'y sont pas établis de manière générale et globale.

La terre d'islam

La terre d'islam, à l'inverse, est un pays où les rites islamiques sont pratiqués de façon globale, même si les dirigeants ne sont pas musulmans ou ne jugent pas entièrement selon la charia. C'est l'avis de nombreux savants : un pays est considéré comme musulman par rapport à la pratique de son peuple, et non uniquement par rapport à son gouvernant.

La hijra du cœur avant la hijra du corps

Avant la hijra du corps, il y a la hijra du cœur, et c'est elle la base. Ibn al-Qayyim رحمه الله explique que l'émigration vers Allah et Son messager ﷺ est une obligation individuelle à tout moment, pour chaque croyant, où qu'il se trouve.

Cette hijra du cœur consiste à émigrer de l'amour d'un autre qu'Allah vers l'amour d'Allah seul, et de la désobéissance vers l'obéissance. La hijra du corps n'est qu'une conséquence de celle-là. Autrement dit, un musulman peut changer de pays sans avoir fait la vraie hijra, et un autre peut être empêché de partir tout en ayant le cœur entièrement tourné vers son Seigneur.

Les statuts de la hijra

L'avis de référence sur les statuts de la hijra vient de l'imam Ibn Qudama رحمه الله dans son ouvrage Al-Mughni. Il classe les gens en trois catégories selon leur situation.

StatutPour qui ?
Obligation (wajib)Celui qui peut partir mais ne peut pas pratiquer sa religion de manière apparente.
Recommandation (mustahab)Celui qui peut pratiquer ouvertement sa religion en terre de mécréance, mais qui a la possibilité d'émigrer.
ExcuseCelui qui est réellement incapable de partir (maladie, faiblesse, contrainte).

On voit donc que l'émigration n'est pas un détail dans la religion. Les savants s'accordent à dire qu'il est meilleur, pour celui qui en a la capacité, de vivre en terre d'islam, là où il pourra protéger sa religion et celle de ses enfants. Reste à savoir dans quelle catégorie chacun se situe.

Celui pour qui la hijra est obligatoire

Pour celui qui a la capacité de partir mais ne peut pas pratiquer sa religion de façon apparente, manifester le Tawhid et déclarer la vérité de l'islam, la hijra devient une obligation. Ibn Kathir et Ibn Hajar رحمهما الله rapportent même qu'il y a sur ce point un consensus (ijma') des savants : celui qui peut émigrer mais reste sans pouvoir pratiquer sa religion commet un acte interdit.

L'imam Ibn al-Jawzi رحمه الله est encore plus strict : pour lui, la hijra est obligatoire de manière absolue pour tout homme fort, capable de l'accomplir, car Allah ﷻ n'a excusé que les véritables opprimés.

Celui pour qui la hijra est recommandée

Pour celui qui peut vivre sa religion ouvertement en terre de mécréance, la hijra n'est pas une obligation, mais elle reste fortement conseillée. Ibn Qudama رحمه الله explique qu'elle est recommandée pour lui afin de multiplier le nombre des musulmans en terre d'islam et de s'éloigner des mécréants.

Ceux qui sont excusés

Enfin, ceux qui sont réellement incapables de partir, à cause de la maladie, de la faiblesse (les femmes et les enfants sans moyen de voyager) ou de la contrainte (comme les prisonniers), sont excusés et pardonnés par Allah ﷻ. La hijra ne leur est pas demandée tant que cette incapacité dure.

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Les preuves du Coran et de la Sunna

Dans le Coran

Ibn Kathir رحمه الله cite la sourate An-Nisa comme une preuve générale du caractère obligatoire de la hijra pour ceux qui se font du tort à eux-mêmes en la délaissant alors qu'ils en avaient les moyens :

إِنَّ ٱلَّذِينَ تَوَفَّىٰهُمُ ٱلْمَلَٰئِكَةُ ظَالِمِىٓ أَنفُسِهِمْ قَالُوا۟ فِيمَ كُنتُمْ ۖ قَالُوا۟ كُنَّا مُسْتَضْعَفِينَ فِى ٱلْأَرْضِ ۚ قَالُوٓا۟ أَلَمْ تَكُنْ أَرْضُ ٱللَّهِ وَٰسِعَةً فَتُهَاجِرُوا۟ فِيهَا

« Ceux qui ont fait du tort à eux-mêmes, les anges leur diront en les recueillant : « Où en étiez-vous ? » Ils répondront : « Nous étions opprimés sur terre. » Les anges diront : « La terre d'Allah n'était-elle pas assez vaste pour vous permettre d'émigrer ? » »

Sourate An-Nisa, verset 97

Ibn Abbas et Ata رضي الله عنهم commentent quant à eux la sourate Al-Ankabut pour montrer qu'on doit fuir les terres où l'on ne peut pas obéir à Allah ﷻ :

يَٰعِبَادِىَ ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ إِنَّ أَرْضِى وَٰسِعَةٌ فَإِيَّٰىَ فَٱعْبُدُونِ

« Ô Mes serviteurs qui avez cru ! Ma terre est bien vaste. Adorez-Moi donc, Moi seul. »

Sourate Al-Ankabut, verset 56

Dans la Sunna

La Sunna appuie ces versets. Parmi les preuves centrales, ce hadith du Prophète ﷺ :

Hadith

« Je me désavoue de tout musulman qui réside parmi les polythéistes. »

D'après Jarir ibn Abdillah رضي الله عنهRapporté par Abou Dawoud et At-Tirmidhi

Dans un autre hadith, le Prophète ﷺ indique que celui qui se mêle aux polythéistes et réside avec eux est compté comme l'un d'entre eux. De là, les savants ont tiré une règle juridique connue : ce qui est nécessaire à l'accomplissement d'une obligation devient lui-même obligatoire. Si préserver sa religion impose d'émigrer, alors cette émigration prend le statut de l'obligation qu'elle sert.

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Faut-il faire la hijra quand on vit en France ?

Les savants ont posé le cadre général, mais ils ne peuvent pas décider à votre place. C'est à vous de regarder honnêtement votre propre situation : pouvez-vous pratiquer votre religion de façon apparente, là où vous êtes ? Chacun voit midi à sa porte, chacun a sa lecture, mais une chose ne change pas : il faut être honnête avec soi-même, sans se mentir ni se chercher d'excuses faciles.

La réalité de la pratique

Soyons francs : vivre pleinement sa religion en France demande de plus en plus d'efforts, et il faut avoir le courage de se le dire. Le voile est repoussé d'un nombre croissant d'espaces. Nos sœurs et nos filles ne peuvent plus aller à l'école couvertes, l'abaya elle-même y est désormais interdite. Concrètement, on demande à nos filles de retirer un vêtement pudique pour en enfiler un qui dessine leur corps.

Arrêtons-nous une seconde sur ce que cela veut dire. Le voile et la pudeur ne sont pas des contraintes que l'on subit, ce sont une fierté et une dignité. Une croyante qui se couvre obéit à son Seigneur et protège son honneur, et nous, en tant que pères, frères et époux, nous sommes fiers d'elles. Alors voir nos femmes poussées à se dévêtir pour être acceptées, est-ce que cela ne touche pas notre honneur ? Est-ce qu'un homme à qui il reste un peu de jalousie pour sa religion peut rester insensible devant ça ? Il ne faut pas laisser nos cœurs s'endormir, mais plutôt avoir de l'amour et de la jalousie pour nos femmes.

Cela dit, soyons clairs : que celui qui se satisfait de cette situation reste là où il est, c'est son choix et son droit. Mais que celui qui veut se préserver, lui et les siens, fasse les causes pour partir. La terre d'Allah ﷻ est vaste et grande, et rien n'oblige personne à rester là où il se trouve. Nous ne sommes plus au temps du Prophète ﷺ, ni dans ces régions où les gens étaient retenus par leur peuple et empêchés de partir : nous vivons dans des pays libres, où chacun est libre d'aller vivre là où il se sentira mieux.

Et ce n'est pas tout. Nos enfants, retenus à l'école, ne peuvent pas se rendre à la prière du vendredi. On n'entend pas l'appel à la prière qui rythme la journée, il faut s'en remettre à une notification sur son téléphone pour ne pas oublier son Seigneur. La vie autour de nous ne tourne pas autour de l'islam, elle tourne souvent contre lui. Ce ne sont pas des détails, ce sont les rites mêmes dont parlaient les savants plus haut, ceux qui distinguent une terre où la religion respire d'une terre où elle étouffe.

Posons-nous alors la vraie question, sans détour : nos enfants vont-ils grandir là où ils devront se battre chaque jour pour garder leur religion, ou là où elle leur sera comme l'air qu'ils respirent ?

Les deux freins

Pourtant, on trouve toujours des excuses, et c'est humain : l'émigration est une adoration immense et difficile. Elle demande de quitter tout ce qu'on connaît pour ce qu'on ne connaît pas. En réalité, deux choses bloquent presque toujours :

  • L'attachement : quitter sa terre, sa famille, ses biens, ses repères et les gens qu'on aime, pour partir vers l'inconnu. C'est lourd, et personne ne le nie.
  • La crainte : ne pas savoir vers quoi on va. Est-ce que j'aurai toujours autant de bien ? Est-ce que ce sera facile ? Est-ce que je m'en sortirai ?

Au fond, ce second frein est surtout un manque de confiance. Or Allah ﷻ a promis à celui qui émigre pour Lui de bien le traiter. C'est tout le sujet du point suivant.

La capacité et la confiance en Allah

Beaucoup retardent leur hijra en attendant d'avoir réuni une grosse somme d'argent. Or, pour les savants, la capacité financière dont on parle reste simple : pouvoir payer son billet et son visa. Ce n'est pas la fortune qui est demandée, c'est de faire les causes à sa portée.

Soyons réalistes : peu de gens se voient partir les mains vides, et l'idée d'arriver là-bas sans rien pour nourrir sa famille fait légitimement peur. La bonne approche, c'est de prévoir de quoi tenir environ un an, le temps de s'installer et de trouver ses revenus. Faisons le calcul, à titre d'exemple : dans beaucoup de ces pays, un loyer tourne autour de 300 € par mois, soit près de 3 600 € sur l'année (et on trouve souvent moins cher). Ajoutez à peu près autant pour la nourriture, et de quoi vous meubler, et vous arrivez aux alentours de 10 000 € pour partir sereinement en famille.

Ce n'est pas une somme hors de portée : celui qui en fait un objectif peut la réunir en deux ou trois ans. Inutile, donc, de viser les 80 000 ou 100 000 € qu'on entend parfois. Si l'on part pour vivre dans le luxe, c'est sans doute qu'on ne part pas pour les bonnes raisons. Faites les causes avec sérieux, sans attendre des montagnes d'argent, et placez votre confiance en Allah ﷻ.

Le reste relève du tawakkul, la confiance en Allah ﷻ, qui a promis Son soutien à celui qui émigre pour Lui :

وَمَن يُهَاجِرْ فِى سَبِيلِ ٱللَّهِ يَجِدْ فِى ٱلْأَرْضِ مُرَٰغَمًا كَثِيرًا وَسَعَةً

« Et quiconque émigre dans le sentier d'Allah trouvera sur terre maint refuge et abondance. »

Sourate An-Nisa, verset 100

Ibn Kathir رحمه الله explique que cette promesse de refuge et d'abondance englobe à la fois les intérêts de la religion et les bienfaits matériels. C'est une garantie d'Allah ﷻ pour celui qui part sincèrement.

Le conseil des frères qui ont déjà fait la hijra rejoint cela : préparez-vous sérieusement, consultez ceux qui sont passés par là, mais ne tombez pas dans le piège de l'accumulation sans fin. Vouloir toujours plus d'argent avant de partir est souvent une ruse de Satan pour repousser le départ, année après année, jusqu'à ce qu'il n'arrive jamais.

La hijra commence donc dans le cœur, puis se traduit, selon la situation de chacun, par une obligation, une recommandation ou une excuse. À vous d'évaluer honnêtement la vôtre, et d'interroger des gens de science de confiance avant de vous décider. Qu'Allah ﷻ facilite à chaque frère et sœur de la oumma une hijra du cœur sincère, et une hijra du corps bénie pour ceux à qui elle est demandée, là où ils pourront L'adorer en sécurité. Barak Allahou fikoum.

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